INANNA
Spectacle pluridisciplinaire jeune public 10-14 ans
EQUIPE
Teresa Arroyo, illustration / dessin
Kalliopi Bolovinou, flûtes, chant, percussion, broderies, co-auteure
Eleni Chronopoulou, chant, adaptation texte, co-auteure
Inés De la Calle, conteuse, adaptation texte
Tristan Driessens, oud
Agnès Guignard, comédienne, adaptation texte
Cécile Delberghe, mise en scène
Eleni Sampri, scénographe
Cédric Alen, création lumières et régie
En coproduction avec la Cie Basalte et Seyir Musik
NOS PARTENAIRES
Nous sommes heureux d’être soutenus par Seyir Musik, La Maison qui chante, le centre culturel Brabant Wallon, L’Escale du Nord, La Roseraie
LE SPECTACLE
Inanna est un projet multidisciplinaire au carrefour de la mythologie grecque et sumérienne (de la Mésopotamie antique), de la culture séfarade et de notre époque.
En continuation du projet multiculturel Balkan Express, la compagnie Kaléidoscope explore, en collaboration avec le centre Seyir Musik, d’autres aspects de la culture de la Méditerranée orientale: une lecture contemporaine de la mythologie antique et de la musique séfarade. Ce projet mélangeant culture arabe, séfarade, grecque et ottomane explore les racines communes de l’histoire de la Méditerranée orientale, une région souvent au cœur de l’actualité (notamment avec la traversée de la mer par les réfugiés). Le spectacle met également en lumière les traditions et la musique de la région pour aboutir à un message de coexistence pacifique, qui ouvre une réflexion sur le conflit actuel dans le Moyen-Orient. Comme tout mythe fondateur, le mythe d’Inanna est si diachronique qu'il peut être facilement transposé à notre époque pour parler des situations complexes de nos sociétés actuelles.
En amenant au plateau l’histoire d’Inanna, la compagnie Kaleidoscope approfondit son exploration du thème du destin en y ajoutant le thème de l'exil et de la résistance. Le mythe propose un récit qui met en scène des êtres surnaturels tels que les Dieux sumériens pour expliquer la condition humaine. Inanna, ancêtre de Perséphone, est une figure mythique sumérienne qui descend à l'inframonde à l'appel de sa sœur Eresghikal pour la sauver. La puissance de la féminité et du lien de la sororité sont aussi des éléments clés de ce mythe. Les deux sœurs, Inanna et Eresghigal, opposées et complémentaires, rythment le cycle de la vie et de la mort. Le mythe de la descente inspire des paroles revisitées de la chanson séfarade Hixa mia mi kerida qui sera le fil conducteur du spectacle. En choisissant l'exil, la protagoniste se lance dans un parcours parsemé d'épreuves. Elle traverse les océans, elle est dépouillée de tous ses biens et vêtements et après avoir laissée toute sa richesse extérieure, on lui enlève aussi sa beauté et sa force physique. Arrivée à destination, il ne reste d'elle qu'une ombre. Son parcours symbolise le chemin de la vie, la force de la féminité et le chemin d'une réfugiée contemporaine qui traverse la mer pour échapper à la guerre.
Mais la descente n'est que la première partie de l'histoire. Inanna renaît. Son parcours lui a donné la sagesse nécessaire pour revenir à la vie et remonter sur terre. L'histoire se termine avec un message d'espoir et de réconciliation.
LA FORCE DU MYTHE
Il existe plusieurs niveaux de lecture de ce texte adapté pour le jeune public mais tout aussi intéressant pour les adultes. La puissance de la féminité, la résistance et le lien de la sororité sont les éléments clés de ce mythe, chanté il y a six mille ans, ensuite écrit deux mille ans plus tard par Erheduana, prêtresse et poétesse sumérienne. Les deux sœurs, Inanna et Ereshkigal, opposées et complémentaires, rythment le cycle de la vie et de la mort. Les récits d’Inanna ont existé bien avant les mythes grecs ou romains qui s’en sont inspirés. Écrits par une femme, le mythe traverse l’histoire et les siècles. Inanna devient Perséphone et Eurydice. À travers les écrits des hommes, elle perd son pouvoir et sa féminité. Dans les mythes qui lui succèderont, la descente aux enfers est déclenchée par une action liée à un personnage masculin alors que dans ce mythe antique sumérien, les protagonistes sont des femmes. Aussi, quand le mythe traverse les siècles et l’histoire et arrive en Grèce antique puis à Rome, Inanna est remplacée par des personnages masculins: Hercule, Persée, Dionysos, Ulysse, Orphée, Dante, Virgile et même Jésus Christ descendent aux Enfers. L’histoire d’Inanna est restée dans l’ombre jusqu’à nos jours, mais aujourd’hui elle veut être racontée en naissant de l’obscurité.
Notre objectif sera de mettre en parole, en scène, en musique et en images ce voyage qui est avant tout un voyage de quête de vérité, un voyage intérieur de découverte de soi-même.
Le ladino, l’espagnol et le grec font partie des langues utilisées dans le spectacle.
L’ENVIE DES ARTISTES
En tant qu’artistes notamment originaires de cette région marquée par la guerre, les expulsions et l'exil, nous sommes parti.es d’une intuition forte : il y a dans l’histoire d’Inanna un message puissant et contemporain, qui surgit de l’oubli du temps passé et qui demande à être raconté: la chute n’est pas la fin. C’est un passage.
Et ce passage, quand il est vécu pleinement, sans détour, devient puissance, parole, renaissance. Inanna descend volontairement aux Enfers, traverse sept portes, est dépouillée de ses biens, meurt — puis revient transformée.
Qui sont les Inannas de notre temps? Ce sont celles qui, comme elle, traversent une épreuve radicale, où tout est arraché — et qui en reviennent changées. La femme exilée qui traverse des frontières ou la mer Méditerranée et elle doit renoncer à une partie d’elle-même.. La militante, la poétesse, la journaliste, qui dévoile ce qu’on ne veut pas entendre — au prix de l’exil ou du silence. La femme de quartier d’une ville européenne où plusieurs cultures se croisent, qui lutte pour garder sa dignité face à l’humiliation, au racisme, ou même la femme "ordinaire" qui affronte l’exil intérieur : maladie, deuil, violence domestique, ou solitude.
Il y a dans ce mythe une résistance silencieuse.
Mettre en lumière la diversité mais aussi les points communs et les racines communes des traditions juive, arabe et chrétienne (orthodoxe) telles qu'elles ont coexisté pendant des siècles en partageant une forme musicale commune, des croyances communes au-delà des religions, en s'influençant mutuellement et en assumant leurs différences. Le dialogue entre ce mythe de Mésopotamie, territoire entre le Tigre et l’Eufrate
(Iraq actuel) aux origines de la culture arabe mis en dialogue avec une musique de tradition juive nous a semblé une manière d’unir ces deux cultures si proches et si éloignées par un conflit de plus de 60 ans.
Nous réaliserons ainsi un de nos objectifs : grâce à l’expression artistique, donner l’envie au public de la FWB et d’ailleurs (européen) de découvrir un héritage culturel méconnu tout en communiquant un message de paix : remplacer la haine par une berceuse..
LA MUSIQUE: UN VOYAGE SONORE INTERCULTUREL
La musique est une des formes d'expression les plus importantes dans la culture de Méditerranée orientale. Elle joue un rôle primordial dans la vie des peuples de cette région et elle est utilisée pour exprimer des émotions de la vie quotidienne et marquer les rites de passage et les événements du cycle de la vie.
La musique Séfarade
Après son expulsion d’Espagne en 1492, la communauté juive est accueillie par l’empire ottoman et s'installe notamment dans la région des Balkans et de l’Asie Mineure (Turquie actuelle) où elle continue à développer une tradition orale et de musique chantée en judéo-espagnol (ladino). Dans l'empire ottoman, les religions juive, chrétienne (orthodoxe) et musulmane ont coexisté pendant plusieurs siècles. Musique, mythes et contes ont toujours fait partie intégrante de la vie quotidienne de ses habitants et ont été transmis de génération à génération. Le projet présente une combinaison originale des ces traditions musicales.
La tradition séfarade est un héritage culturel incontestable des pays de cette région mais aussi de l’Espagne. Chantées dans ce dialecte espagnol, ces chansons lient l'occident et l'orient de manière unique. La musique séfarade répond aux caractéristiques de la musique arabe classique tout en y intégrant des éléments de toutes les cultures dans lesquelles elle s’est développée.
Les musicien.nes Kalliopi Bolovinou (flûtes, percussion), Eleni Chronopoulou (chant) et Tristan Driessens (oud) du centre Seyir Musik à Bruxelles, ont choisi des chansons séfarades en dialogue avec le texte. Il s’agit de chansons qui ont accompagné la naissance, l'enfance, le mariage, le deuil. Des chansons de Rhodes, Thessalonique, Smyrne/Izmir, Istanbul et Sarajevo. Pendant les répétitions les musicien.nes consacreront du temps à une recherche d’adaptation de certains chants traditionnels vers une version contemporaine originale, en relation aux besoins de la dramaturgie, en collaboration avec le rappeur Dan-t et le compositeur Jasper Vanpaemel.
LES ILLUSTRATIONS ET LES ILLUSTRATIONS BRODÉES
L’illustratrice Teresa Arroyo travaille sur des illustrations et des dessins spécialement créés pour le projet.
Inspirée de la sensation physique de la terre, mais aussi des dessins et couleurs archaïques sumériens, elle construit un univers de couleurs et de motifs graphiques fluides et dynamiques, mélangeant tradition et regard contemporain.
« L’origine de mon travail repose sur ma propre fascination pour le passage du temps, le déracinement, les déplacements, l'oubli, la mémoire et la transmission. À travers d'une pratique liée à l'illustration, à l'écriture et au livre comme support, j'explore cette thématique si vaste. Généralement mes projets se composent de deux phases bien différentes mais en tout cas complémentaires :une première étape, de nature plus impulsive, où surgit le besoin vital de visualiser et d'illustrer mes idées, ainsi que de structurer et d'archiver mes souvenirs et mes désirs moyennant des listes d'éléments illustrés et des morceaux de textes; et une seconde phase, plus calme, à travers laquelle toute cette matière première commence à se développer et à se matérialiser, à travers le jeu, la superposition d'éléments et la réflexion, dans une illustration, une fresque, une narration visuelle, un livre, ou une installation ».
L’objectif des images illustrées n’est pas du tout simplement d’accompagner le texte et la musique mais bien de créer en décor du spectacle un canevas sensoriel où le spectateur plonge en même temps qu’il se laisse transporter par la musique et l'histoire racontée. Les illustrations seront projetées sur écran.
Kalliopi Bolovinou, inspirée des broderies traditionnelles de la Méditerranée orientale, un art et une passion que sa grand-mère lui a transmis, ajoute une couche traditionnelle à la création graphique du projet.
LA CRÉATION AUSSI DANS LES ÉCOLES
La cie Kaleidoscope organise des ateliers artistiques directement liés à ses spectacles dans différentes écoles primaires. Pendant plusieurs années elle a reçu des subventions de la FWB (CCE et PECA) pour amener le théâtre dans les classes. Ceci a permis aux artistes de la compagnie d'être en contact direct avec le jeune public et les enseignants pendant plusieurs mois de la création de ses spectacles. . Le fruit de ce contact a été très riche et se reflète dans l’écriture de ses spectacles et dans plusieurs de ses choix artistiques.
Les enfants ont chacun des voies d’expression spécifiques ; certains sont attirés par les mots, d’autres par le son, d’autres encore sont plus visuels, préfèreront les images. Pour susciter l’attention, la motivation, il nous semble important d’offrir aux enfants différentes voies d’expression afin de rencontrer celle qui est la plus proche de leur sensibilité singulière. Des artistes de différentes disciplines se sont donc mises ensemble pour réaliser ce projet. Ils proposent un spectacle interdisciplinaire et des ateliers qui offrent plusieurs portes d’entrée aux enfants : musique, illustration, dessin, corps, parole.
Le thème choisi pour les ateliers est ‘La Méditerranée orientale’.
La Méditerranée orientale est une région du monde riche en mythes, en histoires. Elle est composée de nombreux pays ; ce qui fait notamment sa spécificité c’est qu’elle est un pont entre le fondement de la civilisation européenne (Grèce) et la culture orientale. Elle a souvent été au cœur de l’actualité: le conflit israélo-palestinien, conflit et démantèlement de la Yougoslavie, violence de la fin de l'empire ottoman. Faire découvrir aux élèves la mythologie antique et l'histoire de l'empire ottoman c’est les ouvrir à la diversité des cultures et c’est donner de l'espoir pour le présent.